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dimanche 18 janvier 2009

Obama: un ami à la Maison Blanche

Barack Obama sera-t-il à la hauteur des espérances placées en lui par les lesbiennes et les gays? La communauté homosexuelle américaine veut le croire, même si l'enthousiasme suscité par la victoire du candidat démocrate à l'élection présidentielle du 4 novembre 2008 a été un brin douché par des décisions récentes du président-élu.

- Pour aller plus loin sur LToutes: "Ce que les homos attendent d'Obama"; "Une lesbienne virée de l'armée au Kansas" (10/02/2009)

Le choix du pasteur homophobe Rick Warren pour délivrer la prière de la prestation de serment, lors de la cérémonie d'investiture à Washington mardi a scandalisé la communauté LGBT. Ce prédicateur avait en effet qualifié le mariage gay d'"équivalent moral du mariage entre frères et soeurs", et fait activement campagne en faveur de l'interdiction du mariage homosexuel en Californie ("proposition 8"), finalement adoptée le 4 novembre 2008.

"En invitant Rick Warren à votre investiture, vous avez terni l'idée que les Américains qui sont gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres (LGBT) ont une place à votre table", avait vivement réagi le président de l'organisation américaine de défense des homosexuels, Human Rights Campaign, Joe Solmonese, dans un communiqué. L'adoption de la Proposition 8 "est la plus grosse perte soufferte par notre communauté depuis quarante ans", avait-il rappelé, en ajoutant: "le révérend Warren n'est pas un pasteur modéré" et "il a souvent joué le rôle de général dans la guerre culturelle contre la communauté LGBT".

"Je suis un ardent défenseur de l'égalité des gays et des lesbiennes américains, ce n'est pas un secret", avait rétorqué Barack Obama le 18 décembre, justifiant sa décision par sa volonté de "rassembler" des Américains aux points de vue différents.

Alors que deux homosexuels étaient sur les rangs pour entrer dans la nouvelle administration -John Berry pour le ministère de l'Intérieur et Mary Beth Maxwell pour celui du Travail-, gays et lesbiennes ont là aussi été déçus. Le président-élu a opté pour d'autres personnalités, hétéros celles-là. Nancy Sutley est la seule lesbienne à avoir été nommée à un poste important. Elle présidera le Conseil sur la qualité de l'environnement, chargé de conseiller le président et le vice-président américains sur les questions environnementales nationales et internationales.

Devant la colère des homosexuels, Barack Obama a fait quelques gestes ces derniers jours: deux lesbiennes devaient ainsi faire partie des 16 familles américaines devant l'accompagner dans un train de Philadelphie à Washington. Une fanfare gay et lesbienne, la Lesbian and Gay Band Association (LGBA), jouera également mardi dans le cadre de la parade d'inauguration. Enfin, le premier évêque ouvertement gay de l'église épiscopale, Gene Robinson, donnera le coup d'envoi des cérémonies d'investiture, en officiant dimanche au Lincoln Memorial de Washington.

Au-delà des polémiques de ces dernières semaines, Barack Obama n'en sera pas moins le président le plus "homophile" de l'histoire des Etats-Unis. Pendant sa campagne, il s'est clairement prononcé en faveur des droits des homosexuels, prenant des engagements qu'il a réaffirmés après son élection.

"Bien que nous ayons fait beaucoup de chemin depuis les émeutes de Stonewall en 1969, nous avons encore énormément de travail", expliquait-il le 1er juin 2007. "Trop souvent, la question des droits LGBT est exploitée par ceux qui cherchent à nous diviser. Mais il s'agit en réalité de se poser la question de qui nous sommes en tant qu'Américains. Il s'agit de se demander si cette nation sera à la hauteur de la promesse d'égalité faite lorsqu'elle a été fondée, de traiter tous ses citoyens avec dignité et respect", ajoutait-il.

Si le candidat démocrate ne manquait une occasion de rappeler qu'il est issu d'un mariage mixte qui était illégal dans certains Etats américains au moment de sa naissance, il ne faut pas attendre du président la légalisation du mariage gay aux Etats-Unis. Estimant que la question relève des seuls Etats, il est opposé à une loi fédérale sur le sujet, et préfère plaider pour des "unions civiles" ouvrant aux homosexuels les mêmes droits que le mariage.

Le président-élu s'est aussi engagé à lutter contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle, à punir plus durement les crimes homophobes et à abolir le "don't ask, don't tell" en vigueur dans l'armée américaine. Il est également favorable au droit à l'adoption pour les lesbiennes et les gays. Loin, très loin, donc, d'un George W. Bush.