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samedi 14 mars 2009

En Afrique du Sud, on viole les lesbiennes pour les "guérir"

Atarcia et Phumla
- Lire aussi sur LToutes: "Eudy Simelane, assassinée parce que lesbienne" (14/03/2009)

"Ils m'ont dit qu'ils me tueraient, qu'ils allaient me violer et qu'après m'avoir violée, je deviendrais une fille, une fille hétéro". Zakhe, 23 ans, fait partie des 15 Sud-africaines noires qui ont raconté leur calvaire dans un rapport publié par l'ONG ActionAid. Celui-ci dénonce la flambée des viols de lesbiennes, destinés à les "guérir" de leur orientation sexuelle.

"J'ai été trahie par mon meilleur ami à l'école", raconte Nomawabo, 30 ans. "Il m'a dit de venir chez lui pour travailler sur nos devoirs, mais quand je suis arrivée, nous nous sommes battus (...) Il m'a violée en me disant que c'était parce que je ne devais plus être lesbienne. Après ça, je suis tombée enceinte".

"La deuxième fois, mes amies du club de football et moi avons été enlevées sous la menace d'une arme. Ils nous ont emmenées et ont fait ce qu'ils voulaient de nous pendant trois jours. Nous l'avons dit à la police (...) mais il ne s'est rien passé parce qu'ils pensaient tous que nous le méritions".

"Ils pensaient tous que nous le méritions"
L'an dernier, un rapport de la Commission sud-africaine des droits de l'Homme avait déjà tiré la sonnette d'alarme face à la montée des viols de lesbiennes dans les écoles du pays, où de jeunes garçons agressent les filles pour "corriger" leur orientation sexuelle. Aujourd'hui, selon les ONG, le viol devient le crime de haine le plus courant contre les lesbiennes dans les townships.

Une association de défense des droits des homosexuels au Cap affirme être informée de 10 nouveaux cas par semaine, un chiffre en forte progression. Et ce sont les lesbiennes noires de ces quartiers pauvres qui sont les plus touchées.

"Si vous êtes une lesbienne à Soweto, les mecs vous voient comme une menace et quelque chose qu'il faut faire disparaître de la surface de la terre", raconte Phumla, de Soweto, le township de Johannesburg. "On est insultée tous les jours, frappée si on marche seule, on vous rappelle tout le temps que vous êtes une salope. Ils hurlent: 'si je te viole, tu redeviendras hétéro, tu achèteras des jupes et tu te mettras à la cuisine parce que tu auras appris comment être une vraie femme'".

31 meurtres, une seule condamnation
Le 7 juillet 2007, les corps de Sizakele Sigasa et Salome Massooa ont été retrouvés près du township de Johannesburg où elles vivaient. Elles avaient été violées et torturées avant d'être attachées et abattues d'une balle dans la tête. Sizakele était une des premières femmes du township de Meadowlands à vivre ouvertement en tant que lesbienne. Elle était aussi une militante connue des droits des femmes et de la lutte contre le sida. Deux ans plus tard, personne n'a été traduit devant la justice pour ce crime. Le dossier est clos.

Zoliswa Nkonyana, 19 ans, a été lapidée en 2006 par une foule devant chez elle. Le procès des trois hommes poursuivis pour ce crime a été reporté à huit reprises.

Dans une étude réalisée auprès de victimes, 66% affirment qu'elles ne se sont pas adressées à la police, parce qu'elles pensaient ne pas être prises au sérieux. Et 25% d'entre elles avaient aussi peur de mentionner leur orientation sexuelle à la police, voire pour 22% d'être agressées. Comme l'une d'elle l'explique: "quand une lesbienne est violée, sa famille et les gens dans la rue disent qu'elle l'a mérité et que son violeur lui a montré comment être une femme. C'est plus facile de se taire".

Et celles qui réclament quand même justice sont souvent déçues. Seul un viol signalé sur cinq finit devant les tribunaux, et seuls 4% des cas aboutissent à une condamnation. Il y a eu 31 meurtres de lesbiennes enregistrés depuis 1998, et une seule condamnation.

- Lire aussi sur LToutes: "Kirghizistan: le viol pour 'guérir' les lesbiennes" (16/10/2008)