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vendredi 15 août 2008

Vacances lesbiennes: à nous les p'tites goudous!


Lesbos, le Dinah Shore, maisons de femmes... Au-delà des clichés, le marché des vacances lesbiennes existe, mais rares sont les voyagistes prêts à l'exploiter et le développer. Une enquête LToutes.

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Un gâteau de plus de 50 milliards de dollars, 10% du marché touristique américain, des clients aux goûts de luxe qui dépensent sans compter et se ruent chaque année à Mykonos: la "pink money" du tourisme gay fait tourner bien des têtes de tour-opérateurs. Las! Rien à tirer en revanche de ces lesbiennes, fauchées, adeptes de la randonnée et du camping. Un petit week-end à Lesbos peut-être? Voilà pour les clichés.

La réalité a fait déchanter plus d’un voyagiste alléché par la poulette aux œufs d’or. Oui, le tourisme rose existe et il ne demande qu’à se développer, pour répondre à une demande réelle. Mais il reste encore largement à inventer en France. Car la clientèle y est bien plus individualiste qu’aux Etats-Unis, pas systématiquement demandeuse de lieux 100% homos, et pas forcément richissime non plus.

Sans oublier qu’il n'y a pas grand-chose en commun entre les lesbiennes qui aiment se retrouver entre femmes dans un gîte du Gers, et celles qui préfèrent s'éclater entre copines dans le cadre de l'orgie lesbienne du Dinah Shore.

Mais le constat est là: l'offre de produits 100% lesbiens est une exception en France. Pourtant, le marché existe, assure à LToutes Stéphane Loiselier, fondateur et directeur commercial d'Attitude Travels. "La clientèle féminine est moins nombreuse", concède ce tour-opérateur gay et lesbien.

Les lesbiennes représentent tout de même 15% de son activité. A ses clientes, il propose certains produits de l’agence de voyage américaine Olivia, comme cette croisière 100% lesbienne au large du Mexique, mais aussi une semaine au Club Med de l’archipel caribéen des Turks et Caïcos, réservé aux femmes pour l’occasion. Mieux vaut toutefois avoir les moyens, les tarifs naviguant entre 1.500 et 2.000 euros la semaine.

"On a d'abord commencé avec des produits américains, qui visent une clientèle très riche", explique M. Loiselier. Mais les bénéfices sont réinvestis dans la "privatisation" de bateaux ou d’hôtels-clubs "qui permettent d’avoir des tarifs plus raisonnables", assure-t-il.

Le Dinah Shore

LE produit phare, c’est évidemment le Dinah Shore, qui fait fantasmer nombre de lesbiennes européennes. Le tourisme lesbien, "ça commence vraiment à démarrer", assure le directeur d'Attitude Travels.

Ce que cherchent les filles? "Des produits 100% lesbiens" pour la moitié d'entre elles environ, et simplement "la beauté de la destination, le côté culturel" pour les autres, "alors que les garçons cherchent plutôt les bars, les sorties nocturnes", explique Stéphane Loiselier. "Le tourisme lesbien est plus discret que le tourisme masculin."

Ce voyagiste balaie en revanche les clichés sur le pouvoir d'achat des gays, comme celui du "tourisme lesbien, tourisme roots". Certes, les homos sont assez rarement parents, ce qui signifie du pouvoir d'achat en plus et une plus grande propension à partir hors saison. Mais "les gays ne gagnent pas plus" et "on ne fait pas des produits spécialement moins chers parce que ce sont des femmes", affirme M. Loiselier.
Tous ces vacancier(e)s n’ont en fait qu’un véritable point commun: le désir de passer des vacances où ils/elles ne risqueraient pas de subir les remarques désagréables ou simplement le regard en coin de l'hôtelier, auquel vous expliquez en regardant vos chaussures qu'"un lit double, ça ira très bien, merci".

"Ils en ont marre d'aller dans des clubs avec des enfants partout, où tout le monde va les regarder. Une partie de cette communauté cherche juste ça. Simplement, ils vont enfin pouvoir visiter un pays dans un groupe où il y aura des lesbiennes, des gays... et où ils ne seront pas obligés de se cacher", assure le directeur d'Attitude Travels.

Les professionnels du secteur l'ont bien compris, qui multiplient les étiquettes "gay friendly". On ne sait d'ailleurs pas toujours quelle réalité ces labels recouvrent. Certains tours-opérateurs, attirés par la "pink money", recourent à des "marques blanches" pour mieux attirer les gays et les lesbiennes. Ainsi, la société Croisitour s’est dotée d’un site spécialement réservé aux gays, Gay’vasion, ce qui lui évite de doter son site généraliste d’une rubrique "gay".

"Gay Friendly"

Quant au Club Med, s’il met régulièrement ses établissements à disposition de la communauté homosexuelle, moyennant finances, il se garde bien de mentionner ces opérations sur son site officiel, préférant vanter ses séjours "famille".

Mais il n’est pas forcément obligatoire de vider son compte en banque et de s’envoler vers les Caraïbes pour passer des vacances 100% goudou. Il faut savoir la chercher, elle n’est pas abondante et nettement moins luxueuse, mais l’offre existe aussi en France.

Avec sa compagne Dagmar, Michelle gère ainsi le gîte pour femmes de
Saouis, près d’Eauze (Gers). Depuis 25 ans, les lesbiennes y viennent de toute l’Europe "pour se retrouver entre femmes", explique-t-elle à LToutes.
"Ici, il n'y a pas de beaufs", résume Christiane, responsable du gîte gay et lesbien de La Valette, dans le Gard. Et "s'il y a deux filles qui s'embrassent dans la piscine, elles sont parfaitement détendues…". "Les filles qui vont dans des lieux tout public ne sont pas à 100% elles-mêmes", souligne-t-elle. Et pas de mauvaise surprise non plus. Christiane raconte ainsi la mésaventure de ce couple d'hommes, à leur arrivée dans un gîte "tout public": "les propriétaires leur ont dit qu'ils n'avaient pas eu la réservation. Ils les ont refusés alors qu'ils étaient à la porte!".

Comme Michelle dans le Gers, Christiane assure recevoir des femmes de tous âges, "de 17 à 80 ans". La moyenne s’établit pourtant à "35-55 ans", signe que ces maisons pour femmes peinent à attirer les plus jeunes. "On aimerait toucher encore plus de jeunes", reconnaît Michelle.
Et vous, où partez-vous en vacances? Eh oui, LToutes veut tout savoir...
Photos Dinah Shore extraites du site lesbien Tokyo Wrestling.com