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mercredi 15 février 2012

Homophobie: Vanneste se grille à l'UMP



Christian Vanneste fait la quasi unanimité... contre lui. Le député du Nord qui voit dans l'homosexualité une menace pour l'humanité devrait être exclu de l'UMP et perd l'investiture du parti aux législatives pour avoir poussé trop loin le bouchon homophobe, même quand Sarkozy barre à droite pour conserver l'Elysée.

Sarkozy a le soir même (15/02/2012) pris toutes ses distances avec Vanneste, après avoir officialisé sa candidature à un second mandat présidentiel de cinq ans. "Tout ce qui, de près ou de loin, peut paraître comme de l'homophobie, je l'ai en horreur", a-t-il lancé. "On n'a rien à faire avec des personnes qui ne comprennent pas qu'au XXIe siècle, ce type de propos, ça tire tout le monde vers le bas."





C'est un entretien vidéo au site traditionnaliste chrétien "Liberté Politique" qui a mis en émoi jusqu'au propre camp de Vanneste, y compris son club très conservateur de la Droite populaire, et même le Front national.

Vanneste y dénonce "la fameuse légende de la déportation des homosexuels", faisant valoir qu'"en-dehors des trois départements annexés (par l'Allemagne: Alsace et Moselle), il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France" à l'époque nazie. Et de fustiger la toute-puissance d'un prétendu "lobby gay" qui aurait infiltré les médias et la politique.

Certes, Nicolas Sarkozy s'oppose au mariage homosexuel et à l'adoption pour les couples lesbiens et gays; certes, l'UMP vient d'investir Vanneste alors qu'elle lui avait refusé son label aux législatives de 2007, sans pour autant lui opposer de candidat. Certes, la tentation est grande de chasser sur les terres du FN pour faire barrage au candidat socialiste, François Hollande, favori des sondages.

Mais là, Vanneste a osé "une provocation de trop", a réagi sur Twitter Frank Riester, député-maire UMP de Coulommiers et l'une des étoiles montantes du parti sarkozyste, qui a rendu son homosexualité publique en décembre. "Il faut le virer de l'UMP!", bouillonnait Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement. Chantal Jouanno, sénatrice UMP de Paris, jugeait aussi que "l'UMP ne peut pas rester sans réaction".






Le patron de l'UMP, Jean-François Copé, a tranché: Vanneste devrait être exclu de l'UMP le 22 février et remplacé par un autre candidat à Tourcoing. "Le bureau politique, à l'unanimité, a condamné avec la plus grande force ces propos inacceptables, profondément choquants et intolérables", a affirmé Copé.

Emmanuel Blanc, président de GayLib, le cercle de réflexion LGBT à l'UMP, a salué la réaction de Copé. Vanneste est un "multirécidiviste" qui "parle des homosexuels comme on parlait des juifs dans les années 30 (...) Cela n'a pas de place à l'UMP, ce ne sont pas nos valeurs", a-t-il dit sur Europe-1, même si GayLib n'a pas appelé à voter Sarkozy à la présidentielle.

Vanneste ne peut même plus compter sur ses amis: Thierry Mariani, ministre des Transports et co-fondateur de la Droite populaire, juge que "s'en prendre, de manière régulière et outrancière, aux homosexuels est injustifiable et incompatible avec les valeurs de notre famille politique".

"Nous nous désolidarisons totalement" de ces propos, écrivent Mariani et 24 autres membres du club, dont Jacques Myard, qui dénonce pourtant un "lynchage médiatique", et Lionnel Luca, opposé à l'exclusion de Vanneste de l'UMP, selon "Le Monde".

Quant au vice-président du Front national, Louis Aliot, il conseille à Vanneste sur France-2 de relire "un peu ses livres d'histoire".

A gauche, où le mariage homosexuel et l'adoption font officiellement consensus, la porte-parole de François Hollande, Najat Vallaud Belkacem, estime que "Vanneste est un négationniste" qui "déshonore l'Assemblée Nationale, la République, la France". Réagissant avant l'annonce de Copé, elle dénonçait "l'impunité et le silence complice de son camp, de son parti".

En ce qui concerne les faits, seuls sept des 62 Français envoyés dans des prisons et des camps allemands en raison de leur homosexualité, réelle ou supposée, ont été arrêtés en zone occupée, selon l'ouvrage collectif "La déportation pour motif d'homosexualité en France" (Editions Mémoire active), dirigé par Mickaël Bertrand. Mais "les homosexuels français pendant l'Occupation ont été persécutés, obligés de se cacher, parfois envoyés en prison ou dans des hôpitaux psychiatriques", a expliqué l'historien sur France-Info.

L'Allemagne nazie considérait les homosexuels comme des "ennemis de l'Etat". Sur les quelque 50.000 personnes condamnées pour ce motif, entre 10.000 et 15.000 ont été envoyées en camp de concentration et très peu ont survécu. Leur histoire est longtemps restée dans l'ombre de celle des résistants et des quelque six millions de juifs tués par les nazis. Le dernier de ces "Triangles roses" connus, Rudolf Brazda, né en Allemagne, est mort en août 2011 en Alsace, à l'âge de 98 ans.