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dimanche 26 juillet 2009

La Lesbienne invisible dit tout

La Lesbienne invisible est un acte militant sur le mode résolument comique: Océane Rose Marie, l'auteure et interprète de ce one woman show qui devrait revenir sur scène à la rentrée, s'est prêtée au jeu de l'interview pour LToutes.

- Lire aussi sur LToutes: "La lesbienne invisible qu'il faut voir" (14/0/2009)
- Dernières nouvelles: La Lesbienne invisible revient à partir du 12 novembre 2009, du jeudi au samedi, à 20h, au théâtre des Feux de la rampe (2, rue Saulnier, Paris IXe; M° Cadet ou Grands Boulevards).


- LToutes: Comment es-tu passée de la chanson (Oshen, The Frenchies) au spectacle comique?

- Océane Rose Marie: J'ai fait du théâtre pendant des années. Dans mon projet musical, j'ai toujours mélangé les choses poétiques et les choses comiques. J'avais ces deux côtés-là tout le temps. Avec Oshen, j'en avais marre de faire des choses comiques, parce que les chansons qui vous marquent sont
rarement comiques. Mon projet musical maintenant, c'est de faire des choses belles. Je ne veux pas choisir parce que je suis vraiment les deux. C'est autant moi les deux, mais j'ai besoin de séparer le côté poétique et le côté comique. Je mets la barre plus haut dans les deux domaines.

- LT: Pourquoi un one woman show?

- ORM: Par élimination. Je voulais faire de nouvelles expériences, être en scène. Je sais à quel point c'est compliqué de monter un spectacle à plusieurs, alors par élimination je me suis retrouvée seule en scène.
Ce qui est formidable avec le "one", c'est la liberté: on n'a pas de matos à trimballer! Quand on chante, il faut que chaque concert soit unique. En "one", c'est pareil. Il faut que ce soit un truc qui ne soit que ce soir, offrir un moment
privilégié. Le "one" est un exercice qui doit donner l'impression que rien n'est écrit, que tout est improvisé.

- LT: Comment t'est venue l'idée de La Lesbienne invisible (LLI), une fille féminine qu'on n'identifie pas forcément à une goudou?

- ORM: Je cherchais un sujet et je me suis dit: "tiens, je vais écrire ces histoires que j'ai vécues, les ouvrir aux autres". Si j'embrasse ma meuf dans un bar, il y a quatre mecs qui viennent nous brancher. L'autre soir, on était au Tango (boîte parisienne, ndlr) avec des potes. Au bout de quatre heures, une fille me demande: "Mais attends, t'es lesbienne?" Eh bien oui, il y en a des comme moi. Elle était perdue, la fille. Ce n'était pas malveillant, juste une histoire de clichés, de méconnaissance. J'ai vu qu'il y avait un truc à faire là-dessus. Il n'y avait aucun autre sujet sur lequel j'avais autant de choses à raconter avec un potentiel comique.
J'ai beaucoup lu pour écrire mon spectacle. J'ai constaté que les problématiques des livres et des essais d'universitaires étaient celles que j'avais intuitivement dégagées de mon expérience personnelle. La plupart des choses que j'évoque dans La Lesbienne invisible, je les ai vécues même si elles sont parfois extrapolées. Il y a quelques trucs que je n'ai pas vécus, que j'ai empruntés à des filles que je connais. Moi, je n'ai jamais subi aucune homophobie par exemple.

Le site de La Lesbienne invisible:
http://www.myspace.com/lalesbienneinvisible


- LT: C'est une démarche militante?

- ORM: Depuis que j'ai commencé ce projet, je suis devenue beaucoup plus militante. Par exemple, je tenais vraiment à ce qu'il y ait "lesbienne" dans le titre, c'est une question de visibilité, et ce n'est pas péjoratif. S'il y avait des affiches avec "lesbienne" partout dans le métro, ça me ferait kiffer!
"Lesbienne" et "invisible", ce sont deux termes qui vont souvent ensemble. Il y a encore beaucoup à faire sur la sexualité des femmes en général, et entre deux femmes, n'en parlons pas! Il y a encore beaucoup de boulot pour les lesbiennes.
Mais je ne suis pas pour les méthodes agressives, frontales, je préfère l'humour. Je ne déteste pas les hommes et je n'ai pas envie d'entrer dans ce cliché. Je joue la carte du divertissement.
Dans mon engagement, je trouve ça important de montrer quelqu'un qui est bien en tant que lesbienne. C'est important de dire qu'on peut être lesbienne et être super bien dans notre peau. C'est important pour des gamines de pouvoir s'identifier, qu'on leur donne une image positive.
Moi aussi, j'ai souffert de ne pas avoir assez de films, de spectacles qui parlaient de filles comme moi. Maintenant c'est un peu mieux. Quand on me dit que "LWord" n'est pas réaliste, je réponds que c'est juste une série, et comme dans toutes les séries, les filles sont toutes jolies, c'est tout!

- LT: A quel public pensais-tu en écrivant La Lesbienne invisible?

- ORM: Au début, c'était vraiment un spectacle pour les hétéros. Pour le moment, le public est essentiellement composé de lesbiennes, mais il y a des hétéros qui viennent. Il y a plein de sujets, comme l'allumeuse, la lesbienne refoulée ou Nathalie-le-grand-amour, dans lesquelles ils peuvent se retrouver, s'identifier. Tout le monde a connu des filles comme ça, les sorties en boîte, tout le monde a vécu une histoire d'amour ou s'est fait allumer.
Pour l'instant, que ce soient des hétéros hommes ou femmes, je n'ai que des bons retours, mais les lesbiennes ont un degré de lecture en plus parce qu'elles ont vécu un truc en plus, il y a de l'empathie. Des filles viennent me parler après le spectacle, elles me racontent des trucs terribles sur l'homophobie: j'hallucine.

- LT: Tu n'évoques pas des sujets comme l'homoparentalité ou la lesbophobie dans LLI

- ORM: L'homoparentalité est une question grave, qui n'est pas encore réglée, que je ne vois pas encore comment traiter de façon comique... mais
j'ai quelques idées. Le spectacle évolue. Il y a des choses que je trouve au fur et à mesure, des idées que j'ai virées, notamment sur l'adoption, alors que j'avais bossé dessus pendant des semaines. Pour l'instant, le spectacle fait une heure, mais quand je l'aurai bien en main il pourra durer un peu plus. On peaufine, les personnages sont vivants.

- LT: Tu n'as pas peur de renforcer les idées reçues sur les lesbiennes ou de te faire enfermer dans un personnage?

- ORM: Je n'ai pas peur qu'on interprète mal. J'ai l'impression que c'est suffisamment clair dans mon écriture, on ne peut pas se tromper sur mon intention sur un spectacle entier. Ma peur, c'est si on me demande de faire des formes courtes pour les médias, des formats genre trois minutes, où on isole un personnage.
Quant à m'enfermer... Pour Oshen, je me suis battue pour ne pas être cataloguée lesbienne, mais pour l'instant je vois les choses au fur et à mesure. J'essaie de faire exister ce projet. Si dans vingt ans je suis cataloguée comme la lesbienne de service, on verra. Pour le moment, je veux donner de la visibilité.

- LT: Qu'est-ce que ça t'a fait de jouer dans un ancien peep show des années 70 (le Théâtre du Bout) à Pigalle?

- ORM: Il ne manque plus que la barre à salope! Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer à cette configuration, à la scène toute petite au milieu du public, après une scène plus grande au début des représentations et en concert, mais j'aime bien cette salle -c'est tellement kitsch. Quand j'ai vu que la scène pouvait tourner, j'ai craqué! Je me suis dit: il faut l'utiliser. Il faut toujours utiliser l'espace. En septembre je jouerai dans une salle plus grande, mais je veux garder une salle où les gens peuvent vraiment te voir.

- LT: Tes projets?

- ORM: Continuer La Lesbienne invisible à la rentrée, à Paris et ensuite en province. Continuer les petites vidéos de La Lesbienne invisible, sortir des produits dérivés si ça marche: des T-shirts, un sextoy LLI par exemple! Je suis aussi en train d'enregistrer un troisième album d'Oshen pour
2010 mais je ferai une petite tournée à l'automne. Je n'en dirai pas plus pour l'instant.

- LT: C'est pas juste un truc pour draguer, ces histoires de lesbienne invisible?

- ORM: Je reçois quelques mails où des filles m'écrivent "J'aimerais te revoir, sur scène ou dans la vraie vie"... (Eclat de rire) Mais le but n'est pas de me taper des meufs!